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Un bon livre, un bon film, un bon tableau, une bonne musique, le sont car inépuisables, à redécouvrir, approfondir (et savourir) à chaque nouveau passage. Ça marche aussi... pour la BD !

C'est ainsi que, pour rir encore, je ressors les albums de l'affreux Iznogoud. Que me séduit toujours la créativité verbale de Goscinny, roi du calembour filé*, le raffinement graphique de Tabary qui nous crée vraiment un Bagdad des Mille et une nuits (ville devenue, grâce à l'intervention pavé-de-l'ours et pavée de mauvaises intentions de Bush and co, des Mille et un ennuis).

Que j'ai relu, dans l'album « Le jour des fous », l'histoire « Élections dans le califat ». Pour mesurer que, sous le masque (dans cet univers de Moyen-Orient recréé, ce mot va bien) de la fantaisie se cache une critique moqueuse mais sérieuse du dévoiement de ce qui fait, en principe, le prix d'une démocratie : les élections libres et non faussées.

Car on voit très vite en apparaître les travers :

- Les élections à candidat unique (ici, Haroun el Poussah).

- Les demandes de compensations au futur calife (« Bien entendu, je serai nommé Grand Vizir »).

- Les rivalités d’ambitieux (ici, le magicien et le fakir)

- La promesse convenue de rajeunissement (« J'aurai besoin d'une équipe jeune et enthousiaste »).

- La promesse bidon d'un avenir radieux, genre lendemains du Grand Soir qui chantent.

- Le recours aux acronymes ronflants et redondants (le GNOUF, pour Génies Nationaux Organisés, Unifiés et Fédérés).

- L'abus des sondages (ici l'ICOP, Institut Califal d'Opinion Publique)

- La versatilité des électeurs que le premier génie, heu, médiacrate venu peut faire changer d'avis d'un claquement de doigts.

On aurait tant voulu que ces foutraqueries ne soient que contes des Mille et une envies** !

 

* Comme Jean-Louis Pesch :

http://misentrop2.canalblog.com/archives/2016/02/11/33356801.html

** de rire.