JOHN vs POWELL
(Suite d'une série à venir sur La Nuit du Chasseur – que vous avez tous vu bien sûr, sinon courrez vite le faire !)
Le début du calvaire pour John, c'est cet argent volé pour vivre que son père Ben lui demande de garder sous le sceau du secret absolu. Celui-ci mort exécuté pour crime, il réalise très vite qu'il devra être le chef de famille, l'homme de la maison car la faiblesse de sa mère, Wilma, le déçoit en silence. Il sent tout de suite, à l'intuition, que l'intrus Powell, ce faux beau-père, est dangereux. Celui-ci peut bien lui faire une cour mielleuse, qui hélas marche avec Pearl trop petite, le prier de l'appeler Papa, lui faire jurer de ne garder aucun secret, c'est le mutisme. Le seul en qui il a un peu confiance c'est "Oncle Birdie" du bord du fleuve. Mais celui-ci, mort de trouille et ivre mort après avoir vu le cadavre de la mère sous l'eau, ne le protégera pas davantage.
L'enfant met alors toute son énergie à fuir en protégeant et sa sœur et l'argent, dans une séquence à l'onirisme d'une beauté rare. La rencontre forcée avec Miss Cooper est brutale (une raclée d'avoir refusé de se déshabiller pour le bain qu'il mérite après leur longue fuite). Il vit chez elle muré dans le silence : elle ne saura rien de l'argent, un argent qui pourtant aurait pu l'aider à nourrir sa nichée d'enfants perdus, aurait pu payer la dette que lui et sa sœur ont envers elle.
Le seul moment du film où il parle, non, se vide, se délivre dans un torrent de mots d'un poids trop lourd pour ses petit bras (il a tellement dû oublier qu'il était petit), est une scène terrible. Celle où, sur un Powell enfin vaincu, enfin à terre, enfin inoffensif, il s'abat en lui jetant à la face cet argent volé à la fois sacré et maudit, cet argent si follement désiré par le rapace. Et, dans un trouble psychologique qu'on ne pouvait attendre, lui donne enfin ce « papa » que le fourbe avait en vain voulu lui imposer. Violence de ce trouble matérialisée par une libération – excusez-moi – triviale : John se pisse dessus*. Comme de tout un poison dont il se purge, une sorte d'occlusion qui aurait pu le tuer. Troublante symétrie avec la cachette des billets : le ventre de la poupée de Pearl, qui vient de vomir les dollars.
Le cauchemar fini, le psychopathe expédié ad patres, la vie reprend dans la petite famille que l'indomptable Miss Cooper a su agréger avec sa tendresse silencieuse. Noël arrive et John lui fait enfin ce qu'il n'a jamais pu faire à aucun adulte jusque-là car il devait tout garder : donner. Seulement une pomme enveloppée dans un napperon, mais donnée..
* Vérification faite : ce détail n'existe que dans le livre éponyme, remarquable, édité par Gallimard (Série Noire). Auto-censure ? Je garde quand même la symbolique de l'occlusion, en la reportant sur son ventre qu'il serre (et aussi à cause du livre, auquel le film est très fidèle). J'ai lu quelques articles seulement après avoir écrit mon texte. Avec raison : je suis tombé sur la fiche Wiki bien niaise par moment comme souvent Wiki, et un texte d'intello qui imagine Powell... en pédophile. La psychologisation des personnages a des limites, qu'il convient de ne pas franchir !
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