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Al Ceste un jour sur trois (ou quatre) !
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8 février 2016

TOUS EN SCèNE !

theatre(Ce ne sont pas les acteurs du récit)

A la fin de ma carrière enseignante, j'ai créé un atelier théâtre au collège dont voici la genèse et le déroulement. L'expérience, réussie, a duré cinq ans. Deux constatations de départ :

- Au théâtre, on a premiers rôles, second rôles et figurants. Pour un pédagogue soucieux d'égalité de traitement et allergique au cabotinage, c'était un handicap. Ajoutons que si la veille de la générale la jeune première se casse une jambe ou le jeune premier a des états d'âme, c'est galère.

- Dans le théâtre scolaire on joue le plus souvent une fois, en fin d'année, pour des parents qui au mieux s'attendrissent des prouesses maladroites de leur descendance, au pire repartent soulagés d’avoir fait la BA familiale du jour. Sans parler de la frustration d'avoir vu ses défauts et de ne pouvoir y remédier.

J'ai donc conçu des spectacles où chaque acteur serait seul en scène, et pour des durées comparables. Ils seraient joués non seulement au collège, mais partout où on nous voudrait. C'est comme ça qu'on s'est produit dans d'autres écoles, des foyers de vie et même, notre bâton de maréchal, des festivals. Double intérêt : se critiquer pour améliorer la représentation suivante, aller là où les gens viendraient non par charité mais pour le plaisir. C'est ainsi que nous avons fait, entre autres, le lever de torchon d'une troupe d'adultes, et que je n'oublierai jamais ce garçon venu confier à son père sa stupéfaction naïve : tu te rends compte, Papa, des gens paient pour nous voir !

Le recrutement visait les Sixièmes et Cinquièmes pour deux raisons. C'étaient mes niveaux, et on pouvait travailler sur deux ans : un pour se préparer et jouer « le » spectacle de fin d'année, un pour tourner et progresser. Seul critère d'entrée, le volontariat, pas question de refuser ou renvoyer après « casting ». Certains ont commencé bourrés de complexes (ils ont bien changé, merci Boris), ne sachant rien faire, progressant lentement avec difficulté. Je leur disais : le théâtre est une excellente thérapie, et gratuite ! Parmi ceux-là, quelques-uns ont fini les « meilleurs ». J'en ai juste remis en place un ou deux qui se la pétaient ou refusaient les critiques. A deux ou trois exceptions près sur une centaine d'acteurs (on disait toujours acteurs, pas élèves), nul n'a calé, nul n'a refusé les efforts. Efforts demandés avec explication et sourire, pas question de diriger en humiliant ou en manipulant comme peuvent faire certains metteurs en scène. C'est comme ça qu'ils ont pu être en toute connaissance de cause : bêtes, froussards, vantards etc... Car ils choisissaient leur rôle, rien ne leur était imposé, tout leur était expliqué. Les uns prenaient ce qui leur ressemblait, les autres le contre-emploi, parfois savoureux : ainsi ce garçon maigre comme un coucou et haut comme trois pommes qui déboulait sur scène hilare en lançant : "J'ai fait un casting pour jouer King Kong. Eh ben... vous savez... j'ai eu l'rôle !". Ténacité, sérieux : malheur à moi si, resté bavarder au réfectoire des profs, j'arrivais une minute en retard aux répétitions.

Le premier spectacle, « Grandmèrcredi », était une suite de monologues. Le deuxième, plus radical, « La Phrase qui tue », montrait l'interprétation d'une phrase, à la rigueur deux, allez trois, emballé c'est pesé. Exemple : l'acteur ar­rive sur scène, scrute lentement la foule puis lance « C'est pas pour dire, mais... ça manque une peu de nanas canons, ici ! » (de beaux mecs, si c'est une actrice). Comme je voulais qu'ils échappent à l’ânonnement figé caractérisant parfois le théâtre scolaire, on travaillait tout : la voix, le regard, la position du corps, les mouvements, les changements d'expression. Avec l'expérience, ils en venaient à suggérer des modifications. Chaque répétition se limitait à vingt minutes par acteur, en petit effectif : un qui joue, deux ou trois qui critiquent. C'était intense.

(Certains acteurs affrontaient le public avec une image négative dans l'établissement, due à leur rang social, leur niveau scolaire ou leur caractère. Mes collègues ressortaient épatés. Mais les collégiens, par effet de masse, peuvent être cruels. Je disais aux mal-aimés pour les rassurer : même si vous ne jouez pas encore bien, vous avez sur eux une supériorité, vous, au moins, vous prenez un risque. C'est pour ça qu'un jour, une demoiselle un peu défavorisée (et teigne) recevant d'entrée des sifflets, j'ai in­terrompu la séance et demandé qui faisait le vilain merle. Personne. J'ai insisté, en disant que si les siffleurs cachés ne se dénichaient pas, je faisais vider la salle. Ils n'en ont rien fait, et tout le monde a pris la porte.)

PS Je suis à disposition par mel avec tout lecteur qui voudrait en savoir plus pour mener à sa façon une pareille entreprise.

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Commentaires
B
Mon blog s'appelle " bédame ! "
B
Quand je menais des ateliers, les premières sessions étaient consacrées à "l'adaptation", (en fait, à établir un climat de connivence bienveillante entre les participants). Chacun, à tour de rôle, courait sur le plateau, et à mon signal, s'arrêtait et se présentait : nom, prénom,etc., corps et visage neutres. Je commençais par ceux qui "se la pétaient". Interruption dès sortie de la consigne de neutralité. Après ça seulement, le travail commençait. Vous avez raison pour le risque.
Al Ceste un jour sur trois (ou quatre) !
  • Ici, c'est une auberge où seront servis deux ou trois fois par semaine de bons plats en tous genres. Bienvenue aux gens curieux, sympas et faiseurs de commentaires avec idées. Ceux qui insulteraient les autres convives ou le cuistot repartiront vite.
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