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Voilà ce qu'écrivait Michel Onfray en 2007 après une rencontre volcanique avec l'alors Ministre de la police et des coups tordus.

« ...Arrivée du Ministre de l'intérieur avec un quart d'heure d'avance, il est 17h00 ce mardi 20 février. Début houleux. Agressivité de sa part. Il tourne dans la cage, regarde, jauge, juge, apprécie la situation. Grand fauve blessé, il a lu mes pages de blog et me toise - bien qu'assis dans un fauteuil près de la cheminée. Il a les jambes croisées, l'une d'entre elles est animée d'un incessant mouvement de nervosité, le pied n'arrête pas de bouger (…). Plus il en rajoute dans la nervosité, plus j'exhibe mon calme. Premier coup de patte, toutes griffes dehors, puis deuxième, troisième, il n'arrête plus, se lâche, agresse, tape, cogne, parle tout seul, débit impossible à contenir ou à canaliser. Une, deux, dix, vingt phrases autistes. Le directeur de cabinet et le porte-plume regardent et écoutent, impassibles. On les imagine capables d'assister à un interrogatoire musclé arborant le même masque, celui des gens de pouvoir qui observent comment on meurt en direct et ne bronchent pas. Le spectacle des combats de gladiateurs. Je sens l'air glacial que transportent avec eux ceux qui, d'un geste du pouce, tuent ou épargnent.

Poursuite du monologue. Logorrhée interminable. Vacheries lancées comme le jet de fiel d'une bile malade ou comme un venin pulsé par le projet du meurtre. Hâbleur, provocateur, sûr de lui en excitant l'adversaire à se battre, il affirme en substance : « Alors, on vient voir le grand démagogue alors qu'on n'est rien du tout et, en plus, on vient se jeter dans la gueule du loup...» ! Je fais une phrase. Elle est pulvérisée, détruite, cassée, interdite, morcelée : encore du cynisme sans élégance, toujours des phrases dont on sent qu'il les souhaiterait plus dangereuses, plus mortelles, sans parvenir à trouver le coup fatal. La haine ne trouve pas d'autre chemin que dans cette série d'aveux de blessure. J'avance une autre phrase. Même traitement, flots de verbes, flux de mots, jets d'acides. Une troisième. Idem. Je commence à trouver la crise un peu longue. De toute façon démesurée, disproportionnée. Si l'on veut être Président de la République, si l'on s'y prépare depuis le berceau, si l'on souhaite présider les destinées d'un pays deux fois millénaires et jouer dans la cour des grands fauves de la planète, si l'on se prépare à disposer du feu nucléaire, si l'on s'expose depuis des années en s'invitant tous les jours dans les informations de toutes les presses, écrites, parlées, photographiées, numérisées, si l'on mène sa vie publique comme une vie privée, et vice versa, si l'on aspire à devenir le chef des armées, si l'on doit un jour garantir l'Etat, la Nation, la République, la Constitution, si, si, si, alors comment peut on réagir comme un animal blessé à mort, comme une bête souffrante, alors qu'on a juste à reprocher à son interlocuteur un blog confidentiel peu amène, certes, mais inoffensif ?

(Sacrée période ce si... si..., hein !)

Car je n'ai contre moi, pour justifier ce traitement disproportionné, que d'avoir signalé dans une poignée de feuillets sur un blog, que le candidat aux présidentielles me semblait très récemment et fort fraîchement converti à De Gaulle, au gaullisme, à la Nation, à la République, que ses citations de Jaurès et Blum apparaissaient fort opportunément dans un trajet d'une trentaine d'années au cours desquelles ces grands noms étaient introuvables dans ses interventions, questions qui, au demeurant, rendaient possible un débat (...)

Cette colère ne fut stoppée que par l'incidence d'une sonnerie de téléphone portable qui le fit s'éloigner dans la pièce d'à côté(...).

En l'absence du ministre, je m'ouvre à mes deux comparses en présence des deux siens et leur dis que je ne suis pas venu pour ce genre de happening hystérique, que j'envisage de quitter la place séance tenante (…)

« Passons alors à des questions ? À un débat ? Essayons d'échanger ? » (...)

La vitesse de la violence du ministre est moindre, certes, mais le registre demeure : colère froide en lieu et place de la colère incandescente, mais colère tout de même. Sur de Gaulle et le gaullisme récent, sur la Nation et la République en vedettes américaines – disons le comme ça... - de son discours d'investiture, sur la confiscation des grands noms de gauche, sur l'Atlantisme ancien du candidat et son incompatibilité avec la doctrine gaullienne, le débat ne prend pas plus. Il m'interpelle : quelle est ma légitimité pour poser de pareilles questions ? Quels sont mes brevets de gaullisme à moi qui parle de la sorte ? Quelle arrogance me permet de croire que Guy Môcquet appartient plus à la gauche qu'à la France ? Donc à lui...

Pas d'échanges, mais une machine performante à récuser les questions pour éviter la franche

confrontation. Cet homme prend toute opposition de doctrine pour une récusation de sa personne. Je pressens que, de fait, la clé du personnage pourrait bien être dans l'affirmation d'autant plus massive de sa subjectivité qu'elle est fragile, incertaine, à conquérir encore. La force affichée masque mal la faiblesse viscérale et vécue. Aux sommets de la République, autrement dit dans la cage des grands fauves politiques, on ne trouve semble-t-il qu'impuissants sur eux-mêmes et qui, pour cette même raison, aspirent à la puissance sur les autres. Je me sens soudain Sénèque assis dans le salon de Néron... Habilement, les deux compères tâchent de reprendre le cours des choses, d'accéder un peu aux commandes de ce débat qui n'a pas eu lieu et qui, pour l'instant, leur échappe totalement. De fait, l'ensemble de cette première demi-heure se réduisait à la théâtralisation hystérique d'un être perdu corps et âme dans une danse de mort autour d'une victime émissaire qui assiste à la scène pendant que, de part et d'autre des deux camps, deux fois deux hommes assistent, impuissants, à cette scène primitive du chef de horde possédé par les esprits de la guerre. Grand moment de transe chamanique dans le bureau d'un Ministre de l'intérieur aspirant aux fonctions suprêmes de la

République ! Odeurs de sang et de remugles primitifs, traces de bile et de fiel, le sol ressemble à la terre battue jonchée d'immondices après une cérémonie vaudoue... »

On peut penser ce qu'on veut d'Onfray, force est de reconnaître qu'il avait percé le personnage. Et ça, que des dizaines de VIP de la politique et des médias savaient, n'a pas empêché le fil mal aimé d'un immigré hongrois de devenir Malfaisant 1er... Et peut-être, grâce à son c... de successeur, de devenir Malfaisant II ! Voir également que, sur la fragilité cachée de ce vieil ado incertain, Onfray a écrit en 2007 ce que Besson, dont on doute qu'il soit fan de l'inclassable, écrit en 2016.

Lu en 2007, cela pouvait passer pour de la fiction. On sait maintenant qu'Onfray n'invente rien. Avis à tous eux qui vont le laisser reprendre le volant du camion !

Intégrale du texte ici :

http://pouvoiretpsychopathie.hautetfort.com/files/Texte_Onfray_sur_Sarko.pdf