fini-de-sonner

Clochemerle pas drôle dans le village normand d'Equemauville : un couple de néo-ruraux, exaspéré par la sonnerie des cloches, vient couper les fils d'alimentation dans le coffre ad hoc et adjoint au mur de l'église. Le maire, gestionnaire du lieu, porte plainte. Les auteurs du sabotage déboulent à la mairie, et l'entretien se déroule dans une telle atmosphère de cordialité que le maire se prend des gnons et cinq jours d'ITT.

Ah les néo-ruraux. Je l’ai été, le suis redevenu, mais ma chance fut d’avoir des origines paysannes et donc de connaître les codes. Dont celui-ci : vous êtes un « hors-venu », vous ne serez vraiment du pays que quand vous aurez un mort au cimetière. Si vous respectez ces codes, si vous ne déboulez pas avec le projet affiché d’imposer vos vues et d’apprendre la vie aux bouseux, vous finirez par être adopté, et chaleureusement : c’est dans un village où tout au départ aurait dû nous opposer (mode de vie, choix politiques etc) que j’ai passé les meilleures années de ma vie. Sinon, ne pas s'étonner qu'on vous tire la gueule comme à ce Nantais qui, le soir même de son installation, sonne chez son voisin paysan, ne se présente pas et lui demande sèchement si celui-ci a un droit de pas­sage chez lui. Sous-entendu : pauvre plouc ignare, t'as intérêt à faire gaffe ! Comme si les paysans, qui au­trefois se passaient fort bien bien de barrières, de portails, de grillages dans leur hameau, ne sa­vaient pas de génération en génération où passer où ne pas passer.

Le pire « hors-venu » que j’aie connu (de loin) est un prof qui avait fait tuer leur coq à des petits vieux trop gentils pour l’envoyer au diable. Un autre voisin, lui, ne s’était pas laissé faire : au type venu lui reprocher de passer sa tondeuse (à une heure permise) il avait lancé : « T’es pas jouasse ? Alors prends ta garçaille et va t’installer dans le bois de Thiouzé ! » (le plus loin possible, si vous préfé­rez). L’emmerdeur n’y était jamais revenu.

J’espère que les habitants d’Equemauville vont faire une vie d’enfer aux tabasseurs de maire.