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Bon, il faut enfin l'avouer : je suis un intégriste. Ah mais on le sait, c'est pas un scoop : vous êtes un laïcard ! Ben nom, je suis juste athée et partisan d'une république laïque menacée par le retour de flammes (du bûcher) du religieux, qui n'oublie jamais longtemps qu'il se sert de dogmes pour asservir. Mais passons.

Non, je suis juste goscinnyste, je vénère un dieu jamais remplacé malgré des tentatives répétées et cupides de gens qui, n'ayant pas sont talent, voulaient se parer des plumes du paon. Uderzo a progressivement tari la source, son dernier opus (Le ciel lui est tombé sur la tête) est une œuvre de vieillesse, les repreneurs de la boutique sont honnêtes mais sans plus, Tabary a fait ce qu'il a pu avec Iznogoud, c'est à dire du no good. Morris aurait dû reprendre lui-même les scénarios (il savait déjà faire avec que Goscinny le rejoigne) et abandonner le dessin moins tardivement, tant ses derniers albums sont pauvrement dessinés. J'ai revendu tous les « Lucky Luke » sans son ami, et refuse d'acheter ce qui vient des usurpateurs.

Par contre, je ne dédaigne pas la petite série Kid Lucky. Pourquoi ? Parce qu'elle évite de recycler des gags et des personnages jamais mieux traités que par les auteurs originels.

Série vite attiédie, hélas (au moins ne donne-t-elle pas dans le démarquage servile). Mais le premier reste remarquable. Je vous le résume ? Le petit Luke est un orphelin élevé par un papy chercheur d'or et surtout, soiffard. S'étant éloigné du camp, il est kidnappé par des Indiens (c'est historique : quand les Indiens attaquaient des colons venus s'installer chez eux, ils tuaient les hommes, gardaient les femmes et les enfants, qu'ils indianisaient). Il est élevé par Gros Mocassin, une squaw boulotte et bougonne, qui passe la moitié du temps à le fesser et l'autre à le protéger. Porc-épic pâlichon, le petit caïd de la bande de gosses qui commencent par bizuther Kid, est... blond. Car on va découvrir que lui aussi est un colon indianisé. Restons dans l'historique : les parents cherchaient la chair de leur chair volée, aidés par la cavalerie, qui donc capture Kid, Porc-épic et Gros Mocassin. Porc-épic est épouvanté, et il suffit de voir ses parents collet-monté, de voir le costume-prison qu'ils lui font enfiler, pour comprendre qu'il fera tout pour fuguer. Quant à Gros Mocassin... Le colonel, qui a perdu lui aussi sa fille, a un indice pour la retrouver : elle jouait du piano. On installe donc la squaw, fagotée d'autorité en européenne, devant le piano des dames du fort. Elle le regarde avec l'expression d'une poule qui a trouvé un couteau. Et elle tape (et au sens propre) dessus : les vautours s'envolent, les murs de la salle tremblent et les soldats, qui pourtant ont vécu les horreurs de la guerre, sont terrifiés (bon, je brode, mais ça m'amuse !). Aidée par les gosses, Gros Mocassin s'évade. Sur le chemin du retour vers sa tribu, elle passe devant un piano abandonné par des colons en plein désert... et joue une petite fugue de Bach !

Voilà. En majorité, les enfants blancs kidnappés par les Indiens une fois devenus grands ne voulaient pas revenir à la civilisation (précisons : civilisation WASP). Vu la gueule de ladite civilisation, et même s'ils ont rejoint des nations qui n'auraient pas fini d'être opprimées, on ne saurait leur donner tort...