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Le débat « national » sur les racines est des plus empoisonnés qui soient. Car... il est capital d'avoir des racines. Un arbre bien enraciné tient mieux dans la tempête. Savoir d'où on vient est vital. Ce n'est pas pour rien que nombre d'enfants nés sous x sont dans une recherche obsessionnelle, douloureuse et le plus souvent vaine, de leurs origines. Avoir des racines vous donne de la solidité, et ce n'est pas pour rien que les patrons aiment les travailleurs immigrés, ce n'est pas pour rien qu'ils peuvent vous balader au gré de leurs usines d'Alsace en Fos-sur-Mer et tant pis si vous perdez vos amis, votre pays natal (qu'on peut quitter sans mal si c'est de bon gré, avec mal si c'est de force). J'ai été prof, et les traumatismes majeurs dont souffraient les élèves en difficulté avaient souvent à voir avec un déménagement contraint.

Un de mes frères est conteur en gallo, beaucoup de ses histoires viennent de notre défunt père. Un jour, il est invité à venir conter chez mon fils, qui tenait un lieu d’accueil artistique. Il voit dans le public les zonards-dealers-soiffards qui squattaient l’appart’ voisin, bons déracinés sans pères ni repères venus du Maghreb. Il panique… et tout se passe bien, les rebeus sont scotchés au mur. Après discussion avec mon fils et avec eux, il réalise que le courant était passé parce que c’étaient des affaires de père et d’origines, d’une transmission qui leur avait manqué…

Le tout est que ces racines ne nous immobilisent pas. Qu'elles ne nous servent pas, comme chez les identitaires de tous bords, à exclure, à fustiger, à se faire peur.

Allez, une belle chanson, un rien nostalgique, sur les racines :

https://www.youtube.com/watch?v=Nm2Te7fZbUc

Qu'ils soient d'ici où de n'importe quel parage
Moi j'aime bien les gens qui sont de quelque part

Je ne lis pas ça comme un contrepoint replié à la chanson de Brassens écorchant les « porteurs de cocardes » mais comme de l'amour des gens qui ont une identité, qui ne sont pas des ectoplasmes mondialisés. Pour ma part, à chaque voyage que j'ai pu faire, j'ai préféré rencontrer des êtres me parlant de leur pays, de leur culture, plutôt que des porte-coton de Riri MacDo, Fifi Coca et Loulou Disney.

Et portent dans leur cœur une ville ou un village
Où ils pourraient trouver leur chemin dans le noir

Je me suis toujours dit que je pourrais aller vivre n'importe où (ou presque : plutôt Avebury, Wiltshire, que Cannes-la-Braguette, merci Léo) si j'étais sûr de pouvoir revenir, même en rêve, à mon point de départ. Point de départ que ne connaissait pas cette femme qui, en cachette de sa famille adoptive que cela énervait, cherchait dans mes cartons de vieilles photos celle de sa mère qui l'avait abandonnée...
Ça serait pourtant le moment de revoir nos plages
Car les pays se ressemblent de plus en plus
Et dans dix ans nous trouverons dans nos villages
Des distributeurs de hot-dog au coin des rues !

Si Debronckart vivait encore, il bisserait ce passage de sa chanson ! Vivent les pays uniques ! Vivent les endroits où, quand vous y arrivez, l'éblouissement est celui du jamais vu !

Cette chanson fut en son temps un « tube ». Heureusement pour nous et malheureusement pour lui, dans sa prolixe production il eut deux perles noires : La Religion (d'une totale actualité) et Mutins de 1917. Ce fut assez pour le rendre tricard sur toutes les télés et les grandes radios. Heureusement pour nous, il est toujours chanté, entre autres par Christian Camerlynck.