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Cette affaire de la commémoration yop-là-boum de Verdun-sur-Kermesse est triplement obscène :

- Obscène ce projet démagogauchique de s'amuser dans un haut lieu de la boucherie inhumaine, de faire danser les djeuns sur les tombes de poilus trop morts pour pouvoir venir, avec leurs baïonnettes rouillées, trouer les panses des VIP qui ont inventé ça plutôt que les faire réfléchir aux causes et aux conséquences de cette tuerie généralisée. Les faire danser pour leur cacher ce qui les attend, grâce à la loi El Khomri : danser devant le buffet de la Gattazie.

Il y a cent ans, l'Europe des vieux et des nantis a envoyé crever ces hommes jeunes, de l'espoir pour tous les pays, des forces dans tous les domaines économiques et culturels qui forment un pays. La ruine de notre continent, qui a perdu alors sa prééminence (et a remis ça vingt ans après) ne fut pas que matérielle, patrimoniale, humaine, mais surtout morale. A voir ce que l'Europe est devenue : un conglomérat égoïste aux mains de machines à fric et de technocrates aveugles, pleutre devant qui est plus riche, plus puissant et plus cynique qu'elle, on se dit que la ruine a la vie dure.

- Obscène d'avoir engagé, pour ça et pour divertir (voir le sens littéraire de ce verbe) des jeunes que par ailleurs on marginalise, un rappeur au passé sulfureux pas vraiment passé (il y a encore un an BM demandait qu'on émascule les pédés). Qui pond des textes de faux rebelle d'une indigence rare. En plus moderne, ce sont des vers de mirliton, de l'enfonçage de portes ouvertes, un yéyé passé de niais à colérique mais toujours niais, un Mireille Mathieu qui aurait remplacé le miel et la glu par du vinaigre. Également, digne successeur de certains artistes « engagés » des années 70 surfant sur la vague contestataire de 68 pour pondre des niaiseries sentencieuses et surtout, faire péter la thune. Qu'il soit noir et musulman n'y joue en rien : nos yéyés bien blancs n'avaient pour beaucoup que deux neurones (et leurs imprésarios trois Triumph). Si c'est ça l'idole des jeunes, ça en dit long sur le décérébrage programmé depuis des années par les radios de djeuns (il n'est pas sans symbolisme que le créateur et toujours patron de ce robinet à conneries ait été condamné pour atteintes sur mineures). Black M invitait ses fans à venir s'amuser. Un remake de l'homme qui rit dans les cimetières, quoi.

- Et obscène l’exploitation éhontée de cette embrouille par les fachos. Fachos dont les ancêtres furent pour plusieurs, va-t-en guerre de l'arrière en 14-18 et vichysto-collabos en 39-45. Fachos qui en profitent pour enfourcher leurs dadas racistes de nostalgiques du temps des colonies, leur mépris pour les musiques de « sauvages », bien écouter là-dessus le patron de Radio Courtoisie la mal nommée. Mais, comme jetait Arletty à ceux qui lui reprochaient ses amours allemandes : fallait pas les laisser entrer !

Hier, sur Inter, j'ai écouté l'échange entre Denis Tillinac, écrivain de droite assumée mais s'arrêtant devant la frontière du racisme, et Laurent Joffrin, de gauche mais hollandaise. Rage de voir que c'est Tillinac qui a dit juste : « on ne s'amuse pas à Verdun » quand Joffrin n'a pas vu vraiment malice dans les crachats de BlackM.

Le secrétaire d’État aux Anciens combattants (dont personne ne connaît le nom, il n'est là que pour ajouter une ligne à son CV) a déclaré : « C’est le début du totalitarisme et je dis que c’est vraiment le fascisme qui nous attend »… Rien que ça, hein, et surtout tu ne joues pas à nous faire peur, oh non. On aurait aimé que sa fonction, précisément, le porte plutôt à s’indigner que cette immense nécropole soit transformée en champ de foire. Et au passage, en truc pour (essayer de) faire remonter les sondages de François II le Petit. Avec des gens comme eux (le gouvernement, le merdeverdun, le rappeur et Lolo Joffrin) les poilus meurent une deuxième fois.