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Antoine, bien qu'au moins quinquagénaire, a tous les attributs de l'adolescent susceptible. Vous émettez la moindre opinion contraire à ses vues, vous pointez une erreur, pire encore vous osez le conseiller, le prier d’être moins soupe-au-lait, il déclenche sur vous le feu du ciel, et les orgues de Staline, à côté de son bombardement, sont un harmonica porte-clé. Son mépris se fait alors himalayen, il vous met plus bas que terre (en vous prêtant par effet-miroir son égocentrisme, sa fatuité, sa méchanceté), il vous nie, osons le mot : il vous néantise.

Mais c'est un adolescent qui a des lettres, des titres, des relations, une bibliographie, et entend que ça se voie. Certains prennent un miroir pour se coiffer, lui c'est pour se regarder écrire et surécrire : à moimoimoi les imparfaits du subjonctif même superflus, les mots quasi-inconnus sauf des lettrés à sa hauteur, les tournures plus chantournées qu'une console Louis XV à 75 000 euros, non, dollars. Pour le plaisir, oui, mais aussi pour épater le badaud, que dis-je, pour lui filer des complexes et le mettre à genoux. Ses mots, il n'hésite pas à les tordre à sa guise pour s'en faire une épée : s'il dit moquer il insulte, ou restaurer une vérité il la détruit, s'il prétend participer il évince.

Qui a un fan club, flatteur et flatté des mercis qu'il leur jette comme des dragées à la sortie d'un baptême autrefois. Fan club qui l'a mis sur son carnet d'adresses, montré vaniteusement aux non-inscrits. Qui lui passe toutes les vilenies dont il accable les rebelles, les impies, ceux qui refusent de se prosterner devant Superraud. Voire applaudit et recommande, en roquets suivant le pit-bull. Il est même possible de s'introduire en contrebande dans la bande et jouer les Fatals Flatteurs : trop habitué à se griser d'encens, Antoine ne peut pas voir ce que ledit contient alors de venimeux et remercie l'imposteur secrètement hilare.

Antoine de Saint-Exubérant, pour crucifier les malgracieux, use et abuse d'une formule, que dis-je, un mantra : « perdu pour l'intelligence ». Craignons que lui soit perdu pour la lucidité. Et l'honnêteté.

(Toute ressemblance avec Perraud l'homme des « audaces de plume » – copirate Edwy Plenel – de Médiapart serait purement fortuite !)