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Et maintenant, de la BD !

Donc : Cy n'entrez pas, hypocrites, bigots, Vieux matagots, souffreteux bien enflés, Torcols, idiots plus que n'étaient les Goths (Rabelais, bien sûr).

Pourquoi pas les bigots ? Parce que cette série fut leur victime.

Bec-en-Fer, de Jean-Louis Pesch, est né chez Fleurus, qui n'aimait guère cette série, qui la supportait car son auteur, ayant repris avec succès Sylvain et Sylvette (en développant le potentiel comico-ridicule des Compères) leur avait dit « c'est tout ou rien ».

Pourquoi t'est-ce donc que Fleurus n'aimait pas cette série de fantaisie médiévale née dans la province du Maine ? Parce qu'on y guerroie et boit, hic (du jasnières de Maître Meynard, et pas que) plus que de raison. Parce que Brandade la sorcière a des tétons qui enflent au fur et à mesure de la série, que son fils indigne, le bel Adonis laid comme les six péchés capitaux*, est un pervers polymorphe, qu'elle jure des « mon diable » à tout va. Parce que c'est truffé de calembours bons et de jeux de mots laids : ainsi quand le pirate Barbovan, « caresse de noirs desseins », on le voit peloter gaillardement la laiterie portative d'une négresse (pardon, une dame de couleur) que ça réjouit fort. La liste des paillardises de langue est trop longue, mais allez, une, et pour les autres vous irez les lire sur place. Le Capitaine, maladroit s'il en est et jamais avare de proverbes, dit : « Mieux vaut laide qui veut que belle qui ne veut ».

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* On ne compte pas la luxure !

Et ça s'est arrêté le jour où Fleurus a été repris par un groupe de presse tradi-catho, Média-participations, qui a tout bloqué : plus de diffusion, plus de nouvel album alors qu'il était prévu, à la fin de Bec-en-Fer chez Dracula, d'aller au pays de Shérérazade : la cacatholie horrifiée imaginait déjà des scènes dignes des Mille et une Nuits. Plus rien depuis 1995, et c'est seulement en 2012 que l'auteur a pu racheter son catalogue et trouver un éditeur qui ressort cette série, révisée mais hélas terminée pour le créateur qui n'est plus de prime jeunesse.

Et pourquoi t'est-ce que j'aime les Bec-en-Fer ? Pour la gaudriole, les jeux de mots, bien sûr, mais aussi pour le mariage entre la fantaisie animalière et le réalisme graphique des somptueux décors et des costumes. Pour les références historiques attestées sur quoi brode la fantaisie de Pesch. Pour le lien comique et anachronique entre le monde de 1412 et le nôtre : ainsi quand le roi Charles VI dans sa folie crie qu'il « voit des avions ». Ou dans les calembours, quand la nourrice Dame Dieumengarde déplore : « par Saint Godin, qu'alors y faire ? »). Ce qui peut gêner le lecteur : sauf le publivores, qui se souvient des pubs « années 80 », de Mamie Noah, heu, Nova, ou de Lison Flûtée, non, Bison fûté ?

Le dernier album, mal colorié, moins fignolé graphiquement (on n'a plus les demi-pages voire pages entières consacrées, par exemple, à une scène générale dans un château) faisait évoluer ses héros dans le monde inquiétant de Dracula, malgré le Capitaine et ses calembours avicoles tout au long de l'album (je vous fais le premier : le paysage est encore beau... donc pas à freux !). Par moments, avec la doulce Bryndhelene, on a même de la pure mélancolie... Dire que la suite aurait pu être « Bec-en-Fer chez les barbaresques » !

 

Brandade-la-sorciere

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