bellecombe

Cette maxime, je l'ai trouvée dans un livre* consacré à l'histoire d'une commune au profil particulier du Haut-Jura, Bellecombe. Elle figurait dans un cahier d'écolier de 1910, écrite au début d'une journée et commentée par le maître d'école (on ne disait pas encore le stupide et prétentieux « professeur des écoles »). Voilà ce qu'on apprenait à ces enfants nés sur une terre rude : travailler pour gagner son seulement sa vie mais être fier de soi, savoir ne pas courber la tête, ne pas se taire comme l'ouvrier qui figure en fin de l’article du 6 février.

Haut-Jura, terre d'indépendance (on en veut encore aux soldats espagnols de Charles-Quint), refuge pour les malgracieux menacés par le pouvoir royal et désireux de se tenir à portée de fuite vers la Suisse. De lutte contre la servitude, voir le soutien de Voltaire et Christin aux serfs des moines de Saint-Claude. De solidarité, je peux en témoigner.

Inculquer la fierté était inimaginable dans l'Ouest catholique et breton, dans ses écoles de chers frères et de bonnes sœurs qui nous inculquaient l'obéissance aveugle au châtelain et au curé (le deuxième soumis au premier, et usant ses vieux habits dans certaine paroisse). Où le petit paysan arrivé premier au catéchisme pour la communion solennelle devait, sur ordre du curé, passer derrière l'enfant du château le jour de la procession et en garder interminable rancune. Où ce mot n'existait pas, on ne nous disait qu'« orgueil », le premier de ces péchés capitaux qui pouvaient vous jeter en enfer.

L'auteur du livre où je l'ai trouvée était vers 1960 instituteur dans une école à classe unique. Un lundi d'hiver, bloqué en route par la neige, il n'arrive à l'école qu'à dix heures : les enfants l'avaient ouverte, le poêle ronflait et les grands faisaient travailler les petits. Qui peut imaginer une telle autonomie aujourd'hui ? Ce qui est sûr, c'est qu'il faut croire que la maxime de 1910 y était encore méditée...

* Bellecombe, une commun hors du commun, Jean-Pierre Bouvard.